23 mai 2018

Le dernier Photokina (ancienne version)?


Photokina 1954 Source: Wikipedia
Le premier "Photo- und Kino-Ausstellung" a eu lieu à Cologne en Allemagne de l'Ouest en 1950. À partir de 1951 l'évènement portera le nom plus commode de Photokina. À compter de 1966 l'exposition se déroula tous les deux ans. Photokina est sans contredit la foire photographique la plus reconnue et la plus visitée au monde. Les grands manufacturiers d'équipement et de matériel photographique y tiennent leurs exhibits à grand frais. Cependant la grande messe photographique de Cologne réduira son format dès septembre 2018 et deviendra un évènement annuel dès le mois de mai 2019. 

Photokina a donc une longue histoire de plus de 67 ans. Différentes périodes et différentes participations de manufacturiers actuels ou passés l'ont marqué. Il n'y a qu'à se référer à l'omniprésence de la Cie Kodak durant quelques décennies. Le caractère teuton et masculin des débuts a graduellement laissé place à l'internationalisation, l'inclusion et l'innovation depuis quelques décennies. À noter également que Photokina est aussi un évènement de diffusion de l'art photographique.

Photokina 2004 Source: Wikipedia
Du coté commercial avec le retour du mois du juin et de la pause estivale habituelle dans l'industrie des équipements photographiques, les dés sont jetés sur les prochains objectifs de vente des grands manufacturiers. La plupart des intervenants-clé du secteur commercial ont déjà été informé des derniers développements de produits et les campagnes de marketing débuteront dès le mois d'août prochain en prévision d'une nouvelle saison automne-hiver 2018-2019 de consommation.

Pour les promoteurs d'appareils Canon et Nikon de type DSLR, l'hypothèse la plus probable est le dévoilement de modèles sans visée reflex optique traditionnel ayant un capteur de format 24 X 36mm typé FF. Ces appareils seraient compatibles avec le parc optique existant avec ou sans adaptation de monture particulière. Bref on remplace le viseur optique par une visée électronique. Ce faisant on évite tout bouleversement chez les utilisateurs de type DSLR. Il n'y aura donc pas de controverse à ce niveau.

Cela indique aussi que les formats plus compacts seront toujours offerts par le binôme Olympus-Panasonic et plus particulièrement dans leur version dite professionnelle. Du coté de Fujifilm on propose maintenant les deux solutions Pro dans les formats APS-C et médium. Seul Sony sera directement menacé par les nouveautés de Canon et Nikon.

Une carte postale de Cologne Source: Wikipedia
Le paysage de l'équipement photo traditionnel reste toujours encombré de multiples solutions et de nombreux fournisseurs, situation qui n'est pas nouvelle si on regarde l'évolution du matériel et des fabricants au cours des âges. Et il y aura des gagnants, des perdants, des persistants et des éphémères.
Est-ce que pour autant Nikon et Canon sont immuables dans ce marché? Certes non car sur une échelle de quelques décennies tout peut s'articuler très différemment au gré de l'évolution technique et humaine.

Ce dont nous sommes certains ou presque c'est que ce prochain Photokina marque la fin d'une époque  récente de l'industrie photo d'après-guerre (la deuxième). Le futur est ailleurs et possiblement ailleurs que chez les majors Canon et Nikon qui ne font que protéger une part rétrécissante du gâteau existant. On doit regarder ailleurs pour trouver des manufacturiers innovants dans les prochaines années. Enfin  les nouveautés potentielles de Canon et Nikon ne sont somme toute qu'un copié-collé des offres actuelles de la compétition. Seul la loyauté indéfectible de leur clientèle respective leur permettra de surnager momentanément. Mon capital de sympathie pour ces deux mastodontes du marché de l'équipement est maintenant très limité sinon pratiquement inexistant.

Le "nouveau" Photokina qui débutera vraiment en mai 2019 sera intéressant par sa fréquence augmentée (tous les ans) et par son format plus réduit en temps et superficie. Ce concentré de contenu (enfin souhaitons-le...) pourra faciliter son renouvellement pour peu que la photographie traditionnelle reprenne son élan et oublie ses anciennes illusions de "mass-market".


21 mai 2018

Les bonnes affaires reviennent!

Olympus OM-D E-M10 II + Zuiko 14-42mm R II & 40-150mm R: $599US!
Source: Olympus
Il y a quelques années de cela j'avais proposé à mes lecteurs de profiter des aubaines intéressantes sur l'achat des générations précédentes d'appareils photo numériques en fin de carrière comme le Panasonic Lumix GX7 ou l'olympus OM-D E-M5 (original). Depuis ce temps cependant les occasions de vrais économies se sont faites beaucoup plus rares les manufacturiers ayant réduit considérablement leur inventaire et leur cycle de renouvellement des modèles.

En ce moment j'ai cru décelé certaines aubaines ponctuelles pour des modèles éprouvés de bonne qualité comme l'Olympus OM-D E-M10 Mark II ou le Panasonic Lumix GX85. Dans les deux cas ils sont offerts souvent en combinaison avec des objectifs zoom trans-standard de bon aloi comme les Zuiko 14-42mm R II ou le Lumix G Vario 12-32mm Mega OIS. Si on profite des ensembles comprenant un zoom téléobjectif de type Zuiko 40-150mm R ou G Vario 45-150mm de base on obtient un "kit" très versatile à un tarif très avantageux. Bref un petit budget pour un maximum de résultats.

Panasonic Lumix GX85+ G Vario 12-32mm & 45-150mm: $599US!
Source: Panasonic
Ces deux appareils sont dotés du capteur MFT de 16MP, une technologie éprouvé avec une bonne versatilité. L'intérêt est là d'autant plus que tant le E-M10 Mark II ou le GX85 sont de véritables compacts répondant à l'esprit du format MFT. Donc une bonne incitation à utiliser son appareil sur une base quotidienne en toute circonstance et sans complexe. Et en terme de créativité ces deux appareils sont dotés d'une gamme d'effets spéciaux assez étendue. Dans bien des cas l'essayer c'est l'adopter.

En résumé avec moins que l'équivalent du tarif demandé pour une version plus récente du modèle boitier seul, on obtient une combinaison d'appareil et d'objectifs tout à fait capable de répondre aux exigences du photographe d'aujourd'hui.




19 mai 2018

Le Panasonic Lumix G 25mm F1.7 ASPH.: Vous trouvez cela normal?

Panasonic Lumix G 25mm F1.7 ASPH.
C'est vrai qu'il fut un temps où l'objectif dit "normal" se retrouvait de facto couplé sur la plupart des appareils photographiques. Seule sa distance focale pouvait varier en s'harmonisant au format du film (argentique). Son angle de champs visuel correspondant en gros à notre zone de netteté quand nous observons une scène à l'oeil.

D'entrée de jeu je dois avouer que je ne suis certainement pas un grand fan des objectifs dits "normaux". Imposés par la tradition et par des motifs économiques j'ai toujours connu un certain nombre de frustrations reliées surtout à leur angle de champs visuel. Cependant je dois admettre que ces objectifs sont aussi des outils optiques très versatiles malgré leur distance focale fixée. Et en fait on peut affirmer que tous les objectifs normaux sont probablement la meilleure façon d'aborder le photographie traditionnelle. Ils font école et exigent du photographe un effort créatif dans sa prise de vues.

Une belle sélectivité du sujet à courte distance.
Le Panasonic Lumix G 25mm F1.7 ASPH. est une aubaine à tout point de vue. Son tarif très doux le rend accessible pour tout usager qui veut explorer le monde des objectifs à focales fixes. Son ouverture maximale de F1.7 est dans la bonne moyenne pour permettre un certain contrôle de la zone de netteté du sujet via le phénomène de profondeur de champs. Il est léger, discret et sa bague de mise au point élargie est pratique. Son pare-soleil dédié est inclus lors de l'achat, une saine habitude commerciale de la part de Panasonic. Avec un diamètre pour les filtres-accessoires de 46mm l'encombrement de cette optique de tous les jours demeure minimaliste.





À qui s'adresse ce petit "normal" de la gamme des Panasonic Lumix G? À priori certainement aux aimants de la photo traditionnelle. Car en excluant les aides courantes des objectifs trans-standards comme la variable de la longueur focale ou encore la stabilisation optique intégrée, le Panasonic Lumix G 25mm F1.7 ASPH. propose au photographe l'apprentissage et la maitrise plus poussé des grands paramètres de la composition, de l'exposition (du capteur) et de la mise au point plus sélective (profondeur de champs). De plus sa discretion lié à son faible volume rend la combinaison appareil-objectif moins intimidante pour le sujet principale de l'image en particulier si l'on choisit un modèle à viseur décentré, style rangefinder. Par ailleurs ce 25mm F1.7 jouit d'une flexibilité étendue sur le choix des sujets, des compositions, des styles de photographie pour peu que son utilisateur fait preuve  d'une mobilité minimale.

Une des caractéristiques que j'ai vraiment apprécié à propos du Panasonic Lumix G 25mm F1.7 ASPH. est sa grande facilité de mise au point en toutes circonstances mais plus encore en faible éclairage et pour un sujet à très courte distance. La réactivité accrue induite sur l'appareil photo utilisé est remarquable et est peut-être la conséquence de la combinaison d'une focale fixe et d'une plus grande ouverture maximale de l'objectif par rapport aux habituels zooms trans-standards et téléobjectifs.

La qualité des images résultantes du Lumix G 25mm F1.7 ASPH. se retrouve dans la bonne moyenne pour un objectif de format MFT. L'ouverture maximale de F1.7 n'est sûrement pas un handicap et pour être employée librement pour un meilleure contrôle de la zone de netteté du sujet principal de l'image. Panasonic offre le modèle Leica DG Summilux 25mm F1.4 ASPH qui a l'avantage marginal d'une plus grande ouverture maximale dans une dimension-poids similaire mais avec un tarif multiplié par trois! Une intéressante comparaison entre ces deux objectifs est disponible sur ce site Internet.




Le Panasonic Lumix G 25mm F1.7 ASPH. est une objectif très discret tant esthétiquement que mécaniquement. Il s'harmonise bien avec l'esprit des autres produits MFT de Panasonic qui privilégie la sobriété dans l'efficacité. Compte tenu de son tarif réduit et de sa polyvalence il peut être une addition facile et appréciée dans un ensemble photographique.




12 mai 2018

Hors-Propos: La vie en noir et blanc

(Le sujet hors-sujet!)

Bien sûr ce blog-photo est consacré à la photographie au sens large de ce sujet déjà vaste et presqu'infini. Mais comme plusieurs autres bloguistes, il m'est souvent difficile d'éviter d'aborder des sujets plus en périphérie du domaine de l'image fixée. Après tout si la photo est un témoignage interprété en prise directe de la réalité, ses auteurs n'en demeurent pas moins les initiateurs d'une telle démarche créative. Contexte, sensations, expériences personnelles font partis intégrante du contenu implicite de l'oeuvre photographique. Suivant cette perspective élargie, je me permets donc et de façon tout à fait impertinente d'ajouter maintenant des sujets "hors-propos" inspirés par la vie et les événements de tous les jours ou encore tirés du passé.

La vie en noir et blanc
Comme je suis issu de cette génération de l'après-guerre (de Corée!!!), non seulement l'image fixe ou animée a fait parti de ma culture visuelle mais surtout celle émanant d'un poste téléviseur en noir et blanc qui était le lot de tous à cette époque. D'ailleurs la qualité de l'image représentée à l'écran restait  hautement variable en ces temps héroïques de la diffusion gratuite des ondes. En conséquence par exemple plusieurs classiques du cinéma ont d'abord été visionnés en noir et blanc malgré leur format couleur d'origine. Il y avait la couleur pour la vrai vie et le noir et blanc pour le cinéma, l'actualité, le sport et la culture en général. Cela s'appliquait aussi pour la plupart des publications quotidiennes à l'exception notable des magazines comme Life ou Paris Match.

De sorte que la vision en noir et blanc de ce monde est devenue une sorte de référence culturelle quasi-universelle de ma génération. Mentalement nous avons même conservé un réflexe implicite à considérer une plus grande vraisemblance provenant des images en noir et blanc. Et même à l'exemple des décennies 1960 et 1970, le noir et blanc a gardé toute sa pertinence et sa fraicheur créatrice. Et aujourd'hui ce phénomène se perpétue toujours.

Car la représentation en noir et blanc a cette qualité graphique de définir plus facilement les contours du sujet sans distraction et d'accentuer les contrastes entre les zones sombres et lumineuses. Il nous apparait plus facile de décortiquer les éléments d'une image noir et blanc pour ensuite en déduire les interactions i.e. en apprécier la profondeur et e contexte. L'image ainsi retenue semble s'enregistrer plus distinctement dans notre esprit. Bien entendu l'abstraction des couleurs d'un sujet est un fort biais d'interprétation qui occulte une partie importante de la perception plus complète du sujet photographié. Par exemple pour toutes ces superbes photos-reportages de la guerre du Vietnam l'omission de la couleur exclut toute la richesse visuelle du contexte environnemental du sujet, entre autres la riche verdoyance du pays.

Et donc le noir et blanc n'est pas une panacée en soi quant on parle d'art ou de pratique photographie. C'est d'abord et avant tout une limitation technique sur laquelle plusieurs ont su avec ingéniosité et élégance recréer un univers visuel original. On peut parler même d'un effet photographique au même titre que d'autres filtres photographiques aujourd'hui aisément disponibles sur plusieurs appareils photo numériques ou à partir de plusieurs logiciels de post-traitement du fichier original (le négatif électronique d'aujourd'hui) de l'image. Mais l'intérêt même de cet effet noir et blanc reste son caractère historique universel bien ancré dans nos sociétés de maintenant.

Quand nous redécouvrons les images de notre passé en couleur aujourd'hui nous sommes surpris d'en nuancer notre ancienne interprétation plus radical car la représentation en couleur présente une palette plus étendue de tons et volumes associés au sujet et au contexte. Il y a donc une certaine radicalité de l'interprétation faite en noir et blanc, un genre de parti pris visuel si vous préférez. Il ne s'agit pas pour autant d'une facilité contrairement à ceux qui s'y opposent en prétextant sa facilité car ces mêmes personnes ont souvent de la difficulté à produire de bonnes images en noir et blanc. Et pour cause car car le noir et blanc exige une bonne maitrise de l'univers graphique, du jeu des contrastes et des nuances pour éviter une image confuse et à plat (sans volume). Le noir et blanc n'est donc pas un effet facile.

Avec la venue prépondérante de la photographie numérique, pratiquement tous les modèles d'appareils photo numériques contemporains vous offrent une option noir et blanc avec dans certains cas des variantes intéressantes. De plus vous pouvez également modifier votre image en post-traitement en variant certains paramètres typiques au format noir et blanc, un fichier RAW vous fournissant plus de latitude qu'un fichier JPEG "prêt à partager". Avec la nouvelle visée électronique (EVF) vous pouvez afficher votre image noir et blanc dès avant la prise de vue, un avantage considérable par rapport aux anciens photographes qui devaient anticiper le résultat tant bien que mal. Il y a donc une véritable renaissance de l'effet noir et blanc en ce moment.

Certes vous l'avez sans doute deviné que je demeure un ardent défenseur de l'effet noir et blanc mais sans exclure la couleur de ma palette d'interprétation de l'univers visuel qui nous entoure. Le fait est que le noir et blanc a été longtemps porteur de l'art et la pratique de la photographique et qu'à ce titre il reste toujours un des effets photographiques les plus intéressants à explorer et à partager entre nous.




26 avril 2018

Les tribulations d'un photographe (professionnel!) en recherche (perpétuelle!) d'identité.

Comment devenez-vous photographe professionnel? Tout simplement en étant payer pour prendre des photos! Une question simple qui amène une réponse simple(tte)... Car être photographe qui gagne en partie ou en totalité son pécule n'est pas vraiment une profession légitiment et légalement reconnue dans la plupart de nos sociétés tout comme être chauffeur de taxi d'ailleurs dont les deux métiers partagent certaines similitudes.

Vrai qu'on peut suivre une formation académique sur la photographie avec divers degrés d'approfondissement théorique et pratique. Mais de ces écoles peu d'élèves sortant en feront une carrière tout comme dans mon champs personnel original d'études universitaires qui était les sciences économiques. Donc tous les chemins peuvent nous propulser comme une ou un "pro" du déclic, c'est assez vraisemblable et vécu par plusieurs du domaine photographique.

Depuis la fin de mon enfance, le visuel m'a toujours fasciné. Journaux, magazines, cahiers et livres illustrés, télévision, cinéma autant de média que j'ai dévoré pour enrichir mon imagerie et mon imagination. Certains croient en la puissance des mots, avec raison assurément, moi je crois en la puissance des images. Et je suis né durant l'épopée de l'explosion visuelle médiatique. Mon univers s'est peuplé d'images fortes sur l'actualité, sur les arts, sur le cinéma. Par la suite il ne fut pas étonnant que j'ai voulu participer à l'élan créateur d'illustrations de mon temps et de ma génération.

Un premier pas vers la renommée! ....
(Source photo: Wiki)
Et la lumière fut!
Mes premières aventures en photo ont débuté avec un appareil Kodak Brownie Hawkeye,une donation d'une tante attentionnée. Ce modèle utilisait des films (argentique) de format 620 en rouleaux semblables à l'actuel 120-220 et mes premiers pas furent réalisés en noir et blanc. Le Brownie Hawkeye avait un obturateur d'un seul temps de pose, 1/30 sec si mes souvenirs sont exacts, et merveille des merveilles une pose B pour une longue exposition. Son viseur optique reflex centré (!!!!) était un triomphe d'approximation tant en terme de netteté que de cadrage. Pas de mise au point ni de choix d'ouverture du diaphragme. Compte tenu de la poignée minimaliste du boitier sans courroie il fallait garder l'appareil en main de façon permanente ce qui en soi est une excellente habitude à prendre pour un futur photographe. L'avance du film était manuelle et le positionnement pour la pose suivante basée sur l'apparition du numéro dans la fenêtre arrière rouge foncée au dos de l'appareil. L'insertion du rouleau de film était une autre technique à maitriser dès le départ. Il ne reste presque rien de mes premières oeuvres de cette époque sauf quelques clichés sauvés par ma très chère maman, paix à son âme et à sa dévotion pour ses quatre fils turbulents.



Un trek prémonitoire en 1971...
Nick Nolte (re: le film culte Under Fire) peut aller se rhabiller car dès mon secondaire III j'avais entrepris dans le cadre d'un cours de géographie, un projet de docu-photo socio-dénonciateur de l'exploitation anti-environnementale d'une carrière au mont Saint-Bruno (aujourd'hui un parc protégé) situé en banlieue de la rive-sud de Montréal.


Nous étions deux inconscients à franchir les clôtures et à affronter les dangers de l'inconnu pour obtenir nos images révélatrices avec un Minolta Autopack 126 et du film diapositive. De cette expédition est né un premier court diaporama socio-critique sur musique de Jethro Tull (de leur album Benefit peu connu en ces temps et emprunté à mon frère ainé) et diffusion publique... en classe. Étonnamment notre professeur avait apprécié (la musique probablement)!




Argus Cosina STL1000 / 50mmF1.7 + un peu de culot!
Les championnats mondiaux cyclistes de Montréal en 1974
(Un premier "réflex" avec l'Argus Cosina STL 1000)
L'été 1974 s'achevait avec une rentrée scolaire "cegepienne " après une période estivale lucrative attribuable à un travail d'été subventionné par le gouvernement canadien. Fort de ce pécule j'en ai profité pour me procurer mon premier appareil 35mm reflex doté de son objectif dit normal de 50mm et quelques menus autres accessoires. Ce sera l'amorce d'une longue série d'achats et de reventes d'appareils photographiques qui peuplent encore mon univers aux désespoir de mon entourage rapproché. Armé d'un tel outil photographique sophistiqué (pour l'époque) le monde m'attendait!

Et voilà le travail pour les pros avec accréditation:
Remarquez le synchronisme des deux images!
( Source: Cycling Week Web site )


Entretemps, le monde n'ayant pas encore reçu la nouvelle de ma promotion matérielle, un ancien confrère de classe tout aussi féru de photographie et même équipé d'une chambre noire m'offrit de l'accompagner aux Championnats mondiaux cyclistes qui avaient lieu à Montréal cette année-là et comble de bonheur puisque la soeur de celui-ci avait un appartement situé sur le rue Édouard-Montpetit face aux tribunes d'honneur,  nous avions un accès privilégié entre autres à la ligne départ-arrivée. Alors ce fut mon premier reportage sportif en noir et blanc et ayant pour seule optique mon objectif de 50mm. Par contre j'étais en excellente condition physique et mes jambes m'ont servi de télé-photo et de grand angulaire à la fois avec un zeste parfois d'audace il faut le dire. Nous avons assisté à la finale sur route et aussi invraisemblable que cela peut sembler j'ai réussi le cliché de la victoire du grand champion belge Eddie Merckx au fil d'arrivée en plus d'un certains nombres d'images, ma fois, très pertinentes.

Après cette épisode je ne doutais plus de ma capacité à devenir un grand photographe. Malgré cette confirmation céleste les portes de la renommée ne se sont pas ouvertes instantanément les contacts auprès des grandes agences me manquant. Ah quelle occasion perdue pour UPI, Reuther, AFP, Associated Press, Magnum et j'en oublie...

Une accréditation tombée du ciel! 1987
L'aventure du photo-reportage en sport automobile
Mon obsession photographique s'est poursuivi après ces débuts fulgurants au gré des études et des différents boulots subséquents. Mais chaque année je ne manquait jamais l'occasion d'assister au Grand de Prix automobile de formule 1 de Montréal avec un billet d'admission générale et beaucoup d'imagination pour réaliser quelques clichés intéressants. En 1987 la formule 1 fera l'impasse à l'escale montréalaise mais les nombreuses courses de soutien s'y tiendront tout de même. Qu'à cela me tienne je serai du rendez-vous mais arrivé trop tôt le matin aucun guichet de la billetterie n'était encore ouvert. Par contre j'aperçois que la roulotte d'accréditation déborde de reporters en attente et là, un fusible a sauté dans mon cerveau et je me suis présenté très digne et sérieux parmi tous ces journalistes dûment mandatés. Résumons-nous car cet aspect de l'histoire serait trop long mais oui j'ai obtenu une pleine accréditation pour le weekend et j'ai pu mitraillé mes sujets à volonté et à proximité. Mais après ces trois jours d'euphorie qu'allais-je faire de tout ce matériel? Eh bien une audace en suit une autre et j'ai proposé le tout au plus beau magazine canadien de sport automobile du temps, Formula. Et son éditeur course m'a convoqué et sélectionné 4 images parmi mon corpus pour ensuite me proposer des accréditations pour le reste de la saison canadienne.

Cette période de pige pour différentes publications canadiennes de sport automobile s'est poursuivi jusqu'en 2001. Elle fut une très grande école pour le photo reportage sur le terrain dans toutes sortes de conditions imaginables et des conséquences heureuses et exaltantes mais aussi des moments de doutes et de résilience. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter ce lien: Flash Memories from an autosport photographer (1987-2001) with Daniel M

Même après 25 ans + certaines de mes photos (un peu délavées!) sont toujours exposées
 au stade olympique de Montréal
La sagesse de mon père et sa petite annonce traumatisante 1988-1994
Daniel M au pays des fonctionnaires (syndiqués!) du déclic
Malgré mes succès de pigiste reporter en sport auto, je restais sur la touche pour le reste. C'est alors qu'en revenant d'une journée blanche en mai 1988, une petite offre d'emploi découpé par mon père provenant du quotidien La Presse et déposée subtilement sur ma table de travail allait bousculer mon cheminement hasardeux. En effet le regroupement des fédérations sportives et de loisir du Québec, RLQ, se cherchait un photographe corporatif de remplacement et n'écoutant que ma proverbiale effronterie je me suis présenté illico à leur direction des communications. Bien m'en pris car suite au départ soudain de l'ancienne récipiendaire de ce poste idyllique, le directeur des communications cherchait un intérimaire à disponibilité immédiate. Le tout fut réglé promptement et je fus tout de même sélectionné pour participer au groupe final des 10 candidats pour ensuite gagner cette permanence.

Mon lieu de travail était situé au stade olympique de Montréal, siège social de toutes ces fédérations. Bureau, studio, laboratoire représentaient notre base et j'allais aussi sur le terrain pour toutes sortes d'assignations. Ce fut une période effervescente mais au combien extraordinaire. Six années qui ont représenté un siècle de découvertes, d'expériences et d'émulation professionnelle et personnelle. Merci Papa!

Conférencier, animateur, saltimbanque!
La fin des temps doux ou l'enfer du "freelance" 1994-1997
Les joies non-partagées de la pige en photographie ou les douze travaux d'un "jobbeux" de l'image
Au gré des coupures au gouvernement du Québec et de l'abolition du ministère du loisir, de la chasse et de la pêche, le service de l'audiovisuel du regroupement fut aboli et par le fait même entraina ma sortie abrupte du stade et de mon rêve éveillé. J'ai bien tenté de me replacer dans l'édifice gouvernemental mais la plupart des autres services audiovisuels des ministères et autres organismes publics ont subi le même sort peu enviable. Restaient momentanément des mandats épisodiques et de plus en plus espacés de pige auprès d'organismes et de fédérations qui m'encourageaient du fait de leurs moyens aussi réduits durant cette période de déclin de la richesse collective.
La pige n'était pas et n'est toujours pas un univers rassurant car tout se déroule au jour le jour et les succès d'hier ne sont pas garants des contrats de demain.
En fait pour plusieurs photographes la fin des années quatre-vingt-dix et la venue de l'ère numérique Internet ont marqué la fin de l'apogée de l'ère des grands reportages illustrés par le déclin graduel de la presse écrite, magazines inclus. L'intérêt de l'auditoire se portant ailleurs, les grands décideurs des média ont détourné leur priorité de l'information factuelle vers le divertissement.

Il faut survivre: de représentant à directeur commercial comme quoi la photo mène à tout!
Le recyclage d'un photographe SEF (Sans Emploi Fixe) 1997-2017
Le mot devenant à la mode, il a fallu procéder à mon recyclage! Car la condition de photographe Sans Emploi Fixe (SEF) n'est pas vraiment viable tant matériellement que psychologiquement. Alors grâce à un ami fidèle même à travers toutes mes virages professionnels, j'ai pu me transformer en véritable agent-représentant dans le secteur de la distribution d'équipement photographique. Samsung, Mamiya, Leica, Bushnell et d'autres faisaient partis de mon portfolio à l'intention de notre nombreuse clientèle commerciale et institutionnelle. Plus tard en cherchant à mieux me fixer et ne plus voyager professionnellement je suis devenu directeur commercial jusqu'à très récemment. Dans tous ces différents postes mon expérience comme photographe me conférait une crédibilité très pratique auprès des clients et je gardais tout de même le contact avec le milieu photographique.

Retour au plaisir sans contrainte 2017 +
C'est aujourd'hui!
2017 a marqué l'arrêt de mon cheminement professionnel traditionnel. Aujourd'hui je profite de ce retrait pour me ressourcer. Et jusqu'ici l'expérience est intéressante car elle comble certaines omissions de mon parcours sinueux. Comme par exemple ce modeste blog-photo où l'écriture au quotidien rejoint l'illustration, un exercice qui m'a toujours attiré tout comme le journalisme et le travail de chroniqueur. C'est un des grands avantages actuels de l'Internet par l'accessibilité de son canal presque gratuit de diffusion jusqu'ici. Et les sujets ne manquent pas dans cette blogosphère en pleine ébullition malgré que son audience soit plutôt dispersée.
Il est difficile de qualifier dans leur perspective tous ces évènements parfois chaotiques qui ont peuplé mon parcours personnel de photographe. Certains semblent appartenir à un passé révolu même incompréhensible pour certains. Mais leur proximité intellectuelle ou psychologique en font des moments instantanés toujours présent dans mon esprit et, je l'espère, dans celui de quelques autres. Sommes-nous toujours inspirants malgré la course effréné de l'évolution humaine? Telle est la question philosophique de tout être pensant qui recherche sa parcelle d'éternité.

Daniel M
Avril 2018

P.s. Être photographe? Un métier ou une passion messianique! Car la question continue de se poser depuis Niepce et Daguerre: comment devenir photographe "professionnel" ? En fait c'est une illusion en soi car avant de photographier il faut d'abord illustrer son propos. Et la photographie n'est somme toute qu'une autre forme d'écriture comme la plume, le pinceau ou le clavier...

Anecdotik: Plusieurs se rappelleront cette photographie de Ryan Kelly du Daily Progress de Charlottesville, Virginie USA qui a fait la une de plusieurs sites de nouvelles. Cette image saisissante fut prise par Kelly pendant sa dernière journée comme photo reporter permanent au journal. Compte tenu du contexte très incertain de son travail au Daily Progress il entamait un virage professionnel complet deux jours plus tard (pour un emploi chez un brasseur!). L'ironie voulut qu'il gagna le Prix Pulitzer 2018 in Breaking News Photography huit mois plus tard.


09 avril 2018

L'appareil photo numérique en mode d'apprentissage: le coté verso de la photo


Il y a un paradigme à désirer un appareil photo qui
 réussit à tout faire sans grande intervention de son
 utilisateur et un outil qu'il faut apprendre à maitriser
 pour en explorer les possibilités. Mode P ou mode M?
De nos jours la recherche de l'appareil photo numérique idéal tend à colorer fortement toute critique d'utilisateur(e) vis-à-vis tous les produits offerts par les différents fabricants d'équipement de prises de vues. Ergonomie, interface, réactivité, versatilité sont devenus avec d'autres les maitres mots de tous ceux qui peuplent notre blogosphère avec ses grandes vedettes jusqu'aux plus modestes tâcherons de l'analyse des produits.

De fait toute perspective-critique quelle qu'elle soit contient sa part de vraisemblance (vérité ou non). Un peu comme un Photo Advisor auquel il faut maintenant lire entre les lignes pour en extraire les éléments qui nous serons utiles dans la constitution de notre propre opinion. Alors je me suis posé la question de l'effort d'adaptation ou plutôt de l'absence de celui-ci que beaucoup de photographes ont tendance à négliger dans la connaissance et l'usage de leur équipement.

Dernièrement je consultais un compte rendu détaillé sur le modèle Panasonic Lumix G85 qui a suscité un questionnement de la part d'un de ses lecteurs et j'ai constaté l'incapacité de répondre de l'auteur qui avouait qu'il n'avait plus ce matériel à sa disposition. Bien sûr nous ne pouvons pas tout savoir mais comme j'avais ce modèle d'appareil en main j'ai pris la peine de l'explorer de nouveau pour trouver la façon de faire nécessaire pour adapter l'appareil au besoin spécifique de ce lecteur ... j'ai transmis ce petit savoir sur ce forum.

Tout ça pour dire comment les interfaces des appareils d'aujourd'hui sont complexes et prévoient de multi-usages adaptés à l'utilisateur. En contrepartie ce dernier(e) doit investir dans l'apprentissage de l'appareil pour approfondir ses connaissances théoriques et pratiques. Mais voilà nous en sommes rendu dans la civilisation du tout inclus avec un niveau d'effort intellectuel minimaliste. Il serait impensable de revoir les aspects fondamentaux d'outils de base comme un marteau, des ciseaux ou une scie, de même que pour le pinceau ou la spatule du peintre ou encore le clavier de l'écrivain. Nous admettons très bien la nécessité de son utilisateur(e) à expérimenter et à apprendre à en maitriser les subtilités techniques pour les adapter à nos besoins. Dans cette perspective l'appareil photo n'est pas différent de ces autres outils de création. Sa maîtrise technique passe aussi par l'apprentissage de son fonctionnement, de ses limites et de son adaptabilité.


Sujet, composition, instant choisi, autant de paramètres qui dépendent l'auteur plutôt que de son appareil

Certes il y a toujours lieu de raffiner et de rendre plus sophistiqué un outil quel qu'il soit. Nous sommes dans un monde de questionnement et d'évolution et notre curiosité génétiquement inscrite nous pousse constamment à cette démarche d'amélioration. Mais au départ il faut comprendre la base ou le raisonnement initial qui a amené l'invention  de cet outil. L'appareil photo a été inventé comme un capteur d'imagerie instantané (et plus tard animé). Les supports se sont raffinés au fil des générations d'appareils pour atteindre un degré de sophistication assez unique même si d'autres surprises nous attendent dans l'avenir. La notion de "voir", de choisir un moment et d'interpréter une image photographique sont tous des éléments créatifs qui sont d'abord l'apanage de notre propre vision et de notre raisonnement. Pour matérialiser le tout sur éventuellement un support plus permanent à partager, nous utilisons la technique photographique mais celle-ci ne peut en aucun cas se substituer à l'exercice physique et intellectuel d'origine du choix photographique.

Il ne faut pas oublier la finalité de l'oeuvre photographique: sa diffusion ...
 fut-elle personnelle, intime ou même publique!
Alors que faut-il en déduire en regard des outils photographiques actuels? Que leurs possibilités techniques sont telles aujourd'hui qu'il est rare qu'on puisse les exploiter à leurs limites. Et que même dans ce cas extrême il reste toujours l'option non négligeable de s'adapter à une situation et de proposer une variante créatrice. Par exemple pour la photographie d'un sujet en action on peut proposer la technique du filé (panning) ou du flou volontaire. C'était vrai au temps de l'argentique, c'est encore vrai en ces temps numériques! Car en création de toute chose il y a une part d'effort à investir. Il ne faut pas devenir des fonctionnaires du déclics et reproduire des schèmes stéréotypés qui n'on aucune pérennité.

Depuis les débuts du numérique et au fois franchi les affres de son enfance nécessaire, les appareils photo sont devenus de formidables outils d'expression dont on mesure encore mal toutes les possibilités tant les frontières techniques imposés par l'ancien support argentique ont littéralement explosé. Il faut prendre le temps d'explorer ces nouveaux outils et en extraire la puissance technique. Ils sont ingénieux, très versatiles mais aussi complexes et demandent de leur utilisateurs une étude plus approfondie que simplement une prise en main rapide et expédiée. Les maitriser c'est s'offrir le plaisir de créer une oeuvre photographique unique et personnelle.

29 mars 2018

Le monde de la photo d'aujourd'hui: une conversation visuelle virtuelle éphémère!

Sommes-nous à l'automne de la photo traditionnelle?


Depuis les débuts fort modestes de ce blog-photo, je me suis interrogé à maintes reprises sur la pertinence et l'impact de la photo en général dans notre e-société actuelle. Car au delà de la multitude d'instantanés très éphémères apparaissant puis disparaissant sur notre univers Web, que reste-t-il de l'expression visuelle et de  son message sous-jacent? Si on extrait toutes les représentations stéréotypées qui bombardent nos écrans, peu d'images d'impact traverse l'épreuve du temps et du rappel de la mémoire individuelle et collective.

Il y a sûrement une part de responsabilité de cette consommation sans lendemain de l'illustration qui provient des supports virtuels utilisés, les écrans pour ne pas les nommer, par la plupart des auteurs-spectateurs. En effet la disparition de supports photographiques imprimés, plus permanents à court et moyen terme, freine la conservation, la propagation et le partage entre nous du contenu visuel. En absence de toute pérennité de l'oeuvre, il ne reste peu ou pas d'oeuvres référentielles marquantes à transmettre aux générations futures. Car c'est vraiment l'imprimé qui exprime le mieux la finalité de l'image bi-dimensonnelle.



La photographie comme mode d'expression original reste pertinente
Mais il y a un certain espoir qui s'exprime par la tenue répétée mais souvent discrète d'expositions photographiques, par l'édition de recueils ou d'essais parfois et souvent à compte d'auteur et par la réapparition de publications un peu underground mais toujours à l'affut de la belle illustration. Par contre pour le citoyen ordinaire de ce monde la mise au rancart de support d'images comme l'album photo pourrait sonner le glas de l'historique familial ou individuel car les formes de mémorisation électronique actuelle sont pour le moins très éphémères et difficiles à consulter de façon aléatoire. Plusieurs nouvelles habitudes de consommation d'images au rythme accélérée ont contrevenu à tout effort véritablement sérieux de conservation de l'expression photographique.

Car il s'agit bien de consommation et non plus d'apprentissage ou de référence visuelle par l'observation photographique. Et l'acte de consommation se base essentiellement sur le désir de confrontation sécuritaire recherché par le.. consommateur. Et c'est là ou les images stéréotypées polluent littéralement notre univers visuel au détriment de la créativité, de l'expression divergente et de l'impact de l'oeuvre bi-dimensionnelle.

Alors que nous réserve l'avenir de la photographie coincé dans l'appétit insatiable de l'image de consommation et le désir de l'expression originale d'une oeuvre visuelle. Les outils pour la réalisation des deux tendances existent toujours tout comme les canaux de diffusion. En fait le choix est d'abord culturel et c'est notre société-civilation qui tranchera à la fin.

La photographie comme mémoire socio-culturelle